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mardi 4 novembre 2014

"Léviathan" de Andreï Zviaguintsev (VO)

Léviathan : monstre colossal à la forme non précisée, marin ou terrestre selon les différentes mythologies. Peut-être serpent ou dragon ! En tout cas, hideux et terrifiant ! Jamais personne ne l'a vu ni entendu. Il est si destructeur qu'il pourrait provoquer le chaos et la fin du monde.

L'horreur totale, donc !

Qu'est ce Léviathan dans ce film ? ?
 Serait-il ce gigantesque squelette de baleine échouée auprès duquel, Roma, le jeune garçon se réfugie. Bien que le Léviathan ait désigné, dans l'imagination populaire, un grand cachalot à l'énorme mâchoire qui mesurait 17,5 mètres, vous n'y êtes pas ! 

Alors, cela pourrait-il être cette grosse tête, brutale, aux dents acérées, au bout d'un long cou qui s'abat sur la maison de Kolia, beau-père de Roma, l'enfant de Lilya, sa femme, tel un tyranosaure cruel détruisant et avalant tout ?
Encore perdu !
Ce n'est qu'une pelle mécanique. Monstrueuse quand même dans sa folie destructrice qui nous renvoie à quelques monstres terrifiants de Jurassic Park.

Il est pourtant présent ce Léviathan ! Omniprésent même !
Ce Leviathan, cette chose immonde, cruelle, gluante, polymorphe, invisible qui s'abat sans bruit, sournoisement sur tous les protagonistes du film, c'est ce sentiment de fatalité russe, cette soumission à une autorité personnalisée, cette angoisse due au vide intellectuel et moral qui emprisonne dans ses tentacules ces personnages des confins russes en bordure
de la mer de Barents en les désarticulants, provoquant chez eux des dommages physiques et mentaux irréparables.
Les personnages n'ont aucun échappatoire. Au nord, la mer ! Au sud, à l'ouest et à l’est, l’infinie de la terre russe. Ils sont dans une cage sans barreaux, obligés de vivre avec d'autres individus aux mœurs et aux destinés différentes. Ils tournent en boucle dans une tragédie qu'accompagne la même musique triste.

Et il y a cette identité russe, floue, trop floue qui se débat dans un questionnement identitaire : la Russie entre Etat-nation et empire. L'image est brouillée et met de la confusion dans le métabolisme de l'âme russe.



Pour conjurer ce Léviathan, les personnages risquent leur vie, jouent leur va-tout, sont prêt à tout perdre avant d'être engloutie dans les entrailles de la bête.

Ne nous arrêtons pas à ne voir que des hommes qui se soûlent, une femme qui trompe son mari, un homme politique qui abuse du pouvoir. Ne cataloguons pas trop vite l'homme ou la femme russe dans un schéma simpliste qui complait aux occidentaux que nous sommes. La réalité est autrement plus complexe.
Egalement ce procès pour meurtre, qui ressemble à tous les procès d'assises à travers le monde. Faute de preuves tangibles, les juges imaginent l'histoire la plus plausible pour la conscience humaine et condamnent l'auteur présumé. Rien là qui soit proprement russe !

L'immensité du pays et la nature ont forgé l'âme russe. Une âme fragile ébranlée par des siècles de dictature tsariste et par le nihilisme communiste. L'écroulement de l'URSS a été un bouleversement dont peu de personne chez nous ont mesuré le niveau insupportable de cette tragédie.

C'est aussi cela le Léviathan !
Film admirable, qui reçoit cette année le Prix du scénario au Festival de Cannes. La Russie le présentera aux Oscars 2015, même si paraît-il "Léviathan" ne plaît pas au ministre russe de la culture, Vladimir Medinski, en raison de la critique de l'Etat qui apparaitrait sous entendue dans ce film, ou bien des trop nombreux jurons proférés par les acteurs.
L'histoire ne le dit pas.

dimanche 6 juillet 2014

"Quand passent les cigognes" de Mikhaïl Kalatozov VO - 1957

Le ciné-club était situé près du dispensaire de la ville où, enfant, j'habitais. Une espèce de patronage communiste qui programmait entre autres des films soviétiques. 
Je devais peut-être avoir 10 ou 11 ans.
Après l'incontournable "Potemkine", ont été donnés "Octobre", "La Mère" et puis est venu ce film "Quand passent les cigognes"
Le film terminé, quelle impression avais-je emporté ?  Peut-être un grand poème exalté qui s'est imprimé à mon insu au plus profond de moi. Depuis vingt ans des images surgissaient, des images fortes d'un grand rêve à la fois féérique et tragique. Et puis ces images me sont apparues de plus en plus fréquemment. Jusqu'à l'obsession. Il fallait que je revois ce film. J'ai cherché sans hâte car, de le visionner à nouveau, je craignais d'être déçu, de ne plus comprendre l'oeuvre, de ne pas retrouver mon enthousiasme de l'époque.
Jusqu'à jeudi dernier où ce film m'a été offert pour mon anniversaire.
Depuis tellement d’années, qu'allais-je trouver ?
Eh bien, l'oeuvre cinématographique la plus merveilleuse qu'il m'a été donné de voir depuis longtemps.
Le souvenir d'enfance s'est fondu dans la vision nouvelle que j'ai eu de ce film.
Oeuvre artistique absolue qui mêle le ballet et le théâtre dans une épopée historique comme seuls savent faire les russes.
Film en noir et blanc, il reçut la Palme dOr à Cannes en 1958.
Les plans sont à couper le souffle. On pourrait prendre une à une les images pour en faire des tableaux qui recouvriraient les murs d'un immense musée et que notre regard suivrait l'un après l'autre sans que jamais, malgré le défaut d'animation, nous perdions le fil de l'histoire. Chaque photo, chaque image renferme la totalité du drame.

Veronika/Tatiana Samoïlova. Elle est cette belle jeune fille aux yeux fendus qu'on imagine bleus des ciels sibériens. Elle est vêtu dune ample jupe longue qui donne du volume aux hanches et affine la taille. Le haut est cet élégant sweet de lépoque que lon voyait dans Paris-Match et Life habiller les Kennedy à Cap Cod ou les copains dEddy Barclay à Saint-Tropez. A l'hôpital pendant la guerre, elle portera la blouse blanche des infirmières. 
Avant la guerre son regard sera langoureux et rêveur. Pendant la guerre il deviendra perçant et résolu. Souvent triste à cause des terribles souffrances endurées par les soldats soviétiques et la population civile pendant la grande guerre patriotique de 1941-45. Elle est très présente cette guerre qui emportera Boris  et permettra au lâche Mark de courtiser Veronika.

Boris/Alexeï Batalov. C'est son amoureux. L'homme est svelte. Chevelure noire, coupée nuque haute, oreille dégagée. Une chemise blanche, large, avec ce léger froissé qui faisait le décontracté viril de l'époque. Le pantalon est noir qui enserre une taille étroite. Le regard est haut, lointain, regard de ces personnages de la statuaire soviétique d'homme musclé enserrant la taille d'une belle femme aux seins généreux, corps tendus vers l'eden socialiste

Veronika est Ecureuil pour Boris. Bonjour Ecureuil ! Bonsoir Écureuil ! Je t'aime Ecureuil ! Ecureuil qui court, qui danse, qui saute, qui s'arrête et regarde autour d'elle...comme ce petit animal, leste, doux, drôle

Lamour est le grand thème du film. Il nait dans lespérance soviétique comme un sentiment absolu et universel. Amour de légende épique, Arthur et Guenièvre, Tristan et Iseult. 
Veronika aime Boris pour qui le devoir patriotique est plus fort. Le cousin de Boris, Mark/ Alexandre Chvorine aime cette femme qui ne l'aime pas. Chacun poursuit l'autre. Nous sommes dans une intrigue amoureuse qui a fait tourner des kilomètres de bobines et écrire des milliers de pages. Dans Autant en Emporte le Vent, Scarlett aime Ashley , Rhett aime Scarlett qui ne l’aime que parce qu’une femme doit être mariée. Une femme pour deux hommes. Un doux, un brutal. Victoire de la brutalité sur la douceur. Femme qui se soumet à la brutalité. Femme amoureuse qui se consume dans l'être de douceur. Femme de la douceur qui rêve et qui danse, qui devient femme résolue, pragmatique et travailleuse. 
Mark embrasse Veronika pdans le fracas et les étincelles du bombardement nazi, tout comme Rhett emporte Scarlett au milieu d'Atlanta en flammes.
Le baiser de Boris et Veronika dans un clair-obscur d’un crépuscule russe est un soupir d’éternité. L’élan amoureux de Boris s’exprimera dans la scène du grand escalier comme une valse tourbillonnante de l’amoureux. Le regard haut, tendu vers l’être aimé, il vole en montant vers le dernier étage où habite Veronika.
L’amour est d’autant plus fort que la vie est précaire. 
Il est cet amour comme nous le rêvons ou l'avons rêvé et que nous avons rarement vécu.
On est très loin de celui de beaucoup de films contemporains dans notre civilisation repue et désabusée, amours issus des phantasmes du réalisateur ou de son scénariste. Amours aux situations improbables. Amours triviales qui nous laissent souvent un goût de dépression dans la bouche. Amour triste, petit bourgeois. Amour de télé, le soir dans le canapé. Amour compté. Amour programmé. Amour raisonnable. Amour minable pour une époque minable. 

Ce film est un chant sublime dun amour total au milieu de la guerre. Il ne peut rien contre la fatalité de la tragédie. Mais il est un défi lancé à la face cruelle et cynique des monstres nazis et staliniens
Il n’y a peu dautre espoir que ce message « Aime-moi fort, puisque je vais mourir » 

Et un vol de cigognes passe dans le ciel...


mardi 3 juin 2014

"Homesman" de Tommy Lee Jones



Contrastes. Ils sont violents dans ce film.
"Territories" de l'Ouest nus et mornes contre un Est joyeux, vert, riche.
Enfer de l'Ouest, pays d'outlaws et de rudes pionniers contre le paradis de l'Est civilisé et organisé.
Contraste entre les deux protagonistes principaux. Mary Bee, sévère, autoritaire, dure à la tâche, méthodiste fervente qui accomplit la mission que Dieu lui a confié sur terre. Elle économise sou par sou pour augmenter son capital. Prière et travail. Max Weber écrira plus tard "Protestantisme et esprit du capitalisme ». .
Mais elle aimerait se marier pour disposer de bras supplémentaires et procréer. Elle voudrait aimer. Mais par son caractère, elle effraie les hommes.
A l’inverse, George Briggs/Tommy Lee Jones est ce vagabond, lonesome cow-boy, chasseur de primes, déserteur de l’armée américaine, qui acceptera pour 300 US$ de seconder Mary Bee dans dans sa folle mission d’emmener trois femmes devenues folles vers leur lieu d'origine, cet Est paradisiaque où elles seront soignées. George est un "rapatrieur" un "homesman". Ce compagnon de voyage est un être rustre et madré. La vie pour lui est simple. Pragmatique, il trouve toujours des solutions à tous les problèmes. Il sait avec peu de mots communiquer avec les folles. Elles ne lâcheront pas cet homme dont elles sentent un langage d’amour dans ses grognements. Avec Mary Bee, une espèce d'affection se crée entre eux. Amour ? En quelque sorte ! Mais difficile à dire.

Il y a un peu de Sancho Pancha en lui qui tempère la témérité donquichotesque de Mary Bee.


Folie. La carrriole des trois folles roule dans ce néant comme la Nef des Fous vogue sans but sur la mer. Jérome Bosch a peint ce tableau pour critiquer la folie des hommes qui vivent hors du sens commun. Mais les plus fous, qui sont-ils dans le film ? Ces trois femmes dans le chariot-cellulaire, ou bien Mary Bee, femme fanatique et forcenée qui mène une lutte inégale contre la solitude, contre la nature, sous le regard du Dieu méthodiste qui envoie en Enfer pour une peccadille ? Elle tentera de se faire aimer de cet homme. Ou bien encore dans cet hôtel bleu au milieu de no where, ces hommes d’affaires, aveuglés par les chimères du business et fous de US$, attendant les investisseurs qui bâtiront une ville autour de cet hôtel ? Scène absurde, surréaliste.
La proximité des fous nous protège de nos élucubrations mentales, renforce notre sagesse et notre envie de vivre.
Les fous sont un marqueur. On devrait les laisser se promener en ville. Les italiens leurs autorisaient la sortie du dimanche. Est-ce toujours le cas ?
La folie s'est emparée de ces trois femmes. La maladie du charbon a décimé les troupeaux, la grêle détruit la moisson, un bébé est jeté vivant dans les toilettes car on ne peut le nourrir. Dieu a envoyé ces calamités pour quelques fautes graves que ces femmes auraient commises.
Je ne sais pas si Dieu guérit la folie, mais je sais que Dieu peut rendre fou.

Western. Mais à l’envers. On est loin de Rio Bravo. Içi pas de John Wayne, calme et sûr, protecteur des faibles, justicier moral dont le colt ne rate jamais la cible. Pas de Angie Dickinson à la fois intrépide et amoureuse. Tommy Lee Jones, qui est le réalisateur de ce film, brise le mythe américain de la Conquête de l’Ouest, présentée comme merveilleuse et civilisatrice. Notre héroïne vit modestement dans une maison au milieu d’une propriété vide d’arbres et loin de tout, terre à bisons plutôt que terre à hommes. Les fermiers, disséminés dans ce vaste Nebraska, habitent des maisons modestes. Le village est également sans cachet. La vie est âpre et dure. La civilisation est loin. Les malades restent sans soin et meurent ou deviennent fous comme ces trois femmes suite à la perte de leur troupeau due à une fièvre fulgurante et suite à la mort de leurs enfants des suite d'une diphtérie. Le dénuement est total.
Içi point de chevaux pour tirer le chariot, mais de fortes mules. Dans le western du mythe, la mule ou l’âne est la monture du mexicain.
Les indiens ne semblent pas sortir d'une réserve pour touristes visitant le site de la bataille de Little Big Horn. Mais les bandits sont méchants.

Beauté. Magnificence des paysages désolés et plats du Nebraska dans lesquels roule le chariot transportant les trois femmes aliénées. Jamais les images de ce long voyage ne provoquent l’ennuie. 
Un arbre apparait soudain. Le regard de Mary Bee Cuddy /Hilary Swank caresse le tronc jusqu'au faîte. "J'aime les arbres" dit-elle
Le vibrato d'une guitare résonne dans l'air cristallin et pur de ces mornes plaines. C'est le privilège de l'air sec que d'amplifier son.
L'équipage roule d'Ouest en Est des Etats-Unis en construction.
On s'extasie devant ces couchers de soleil, panoramiques, largement flammés de rose et de bleu.
Du film "Nebraska" à "Homesman", rien ne finit l'horizon. Tout comme, passé le défilé de Pancorbo, la Castille s'étend en éventail vers ce même infini subtil , comme l’entrée dans les steppes sibériennes. Bleu du ciel. Gris acier de l'horizon. La province du Transval en Afrique du Sud offre ces vastes perspectives, vertes au printemps, brûlées le reste de l'année.

L'infini unifie l'homme. 

vendredi 30 mai 2014

"Maïdan" de Sergei Loznitsa

"Vous êtes tous des héros !"

La belle image de ces vieilles dames qui assurent de petites intendances. Il y a celle qui donne des petits pains à manger aux déterreurs de pavés. Il y a celle qui distribue des masques en non-tissé aux combattants partant dans les nuages de gaz anti-émeutes lancées par les berkouts. Il y a celle qui, brandissant la croix devant les policiers, les exhorte à abandonner le combat. Petites dames courageuses, enroulées dans d'épais manteaux, un gros bonnet en laine tricotée enfoncé sur la tête, bravant le froid vif de ces mois d'hiver ukrainien. Elles vont, d'un pas doux, déterminées au milieu des révolutionnaires, murmurant des encouragements. Il y en a sûrement des dizaines de ces vieilles dames que la caméra n'a pas filmées.
Serrons-les très fort contre notre coeur !

La musique
Tous les chants et morceaux du films sont magnifiques. Chants populaires, religieux. Hymne national. Musique rock, pop, rap, et cette musique crée spécialement pour Maïdan
Il doit bien exister un CD quelque part. Je fais confiance à O. pour le trouver.
La musique est partout tout le long du film. Sophie Avon le note dans son bel article qu’elle a écrit dans la "République du Cinéma"

Quant on pense que ces criminels de berkouts ou autres mercenaires ont fait exploser la salle de concert du Conservatoire Tchaikovsky qui se dresse en bordure de cette même place Maïdan, on se dit qu'il y a une absolue nécessité pour l'Ukraine à mener la Révolution jusqu'au bout.

Les combats.
Ils sont très violents et font apparaître notre Mai 68 comme une sortie de copains.

Les combattants sont jeunes, coiffés de tous les casques disponibles, de cycliste, de motard, de snowborder, de l’armée, certains le visage enfoui dans un masque anti-gaz, d’autres cachés derrière un simple foulard. Beaucoup ont des protèges-tibias et des genouillères à cause des coups de barre de fer ou de matraque. Ils courent d’un même élan vers la rangée de berkouts qui eux sont bien équipés, bouclier en fer de protection, casque à visière. Aucun n’hésite ni ne recule de ces jeunes révolutionnaires qui se battent aux milieux des bombes anti-émeutes, assourdissantes ou lacrymogènes, des lances à eau. Ils jettent des pavés, tapent sur les boucliers de berkouts, invectivent, hurlent pour se donner du courage. Derrière pour dynamiser la charge, un bidon résonne des coups régulier d’une batte, boum, boum, boum…
Les berkouts, eux, ont l’air d’avoir peur. Peur de ces jeunes mal habillés et mal armés alors qu’eux sont harnachés et équipés tels des Dark Vador. Ils restent sur place,immobiles, en ligne serrée, se protégeant de leur bouclier.
Mais sur les dernières journées, ils se sont avancés sans peur car armés de fusils tirant à balles réelles. Quelle lâcheté ! Mais qui étaient-ils ces berkouts derrière les visières de leurs casque, des ukrainiens ou bien peut-être des russophiles de l’Est du pays, ou mieux encore des russes de Russie, des russes de Poutine et pour plus de cruauté, des Tchéchènes russophones qui tirent sans hésitation aucune ?
Un premier insurgé tombe à terre. Cette chute, elle est brutale. Un cailloux qui tombe. Rien à voir avec le cinéma qui nous montre des corps qui chutent trop lentement. Sur Maïdan, l’impact de la balle terrasse littéralement le corps. C’est terrible ! On ne veut pas y croire ! Mais ce corps est à terre, inerte ! C’est le premier tué de Maïdan. Puis, ce sera un massacre. 100 autres personnes paieront de leur vie pour la liberté et la démocratie de leur pays.

Ukrainiens et Russes
Ce Président Poutine s’étant approprié la Russie, je ne dirai pas ce que pensent les Russes des évènements ukrainiens puisque cet homme ne les laisse pas s’exprimer ou du moins n’ont-t’ils que le droit de répéter ce que lui, Poutine, dit. Mais j’écrirai ce que le Président russe pense et dit au nom de tous. Il a déclaré que les ukrainiens et les russes sont un même peuple. Curieux non ! Dit-on en Europe que les espagnols et les portugais le sont, bien qu’ayant la même racine linguistique ? Non, bien sûr ! On dit les espagnols d’une part et la portugais d’autre part. Et sans avoir besoin de regarder de très près, on voit assez facilement qu’ils ont entre eux de grosses différences. Eh bien, entre les ukrainiens et les russes, c’est pareil. Ils sont très différents. Pour nous européens de l’Ouest, ce n’est pas évident tellement il nous semble que la langue ukrainienne et russe sont identiques. Ce qui n’est pas le cas car un russe ne comprend pas l’ukrainien alors qu’un ukrainien comprend et parle le russe. Le Président Ianoukovitch, russophone de Donetsk, ne parlait pas la langue ukrainienne, ce qui choquait tant les habitants de ce pays. O. me disait qu’une linguiste russe de sa connaissance prétend que l’ukrainien est une sous-langue du russe. Pas mal le lavage de cerveau !

L’Ukraine est un pays souverain dont les frontières sont garanties par la Mémorandum de Budapest signé en décembre 1994 par de nombreux Etats, dont la Russie. Revenir sur ce traité sous la forme violente que nous connaissons actuellement, n’est-ce pas quelque part une déclaration de guerre de la part de Poutine ?

L’organisation de Maïdan
Maïdan est une ville dans la ville. La caméra montre cette place où le moindre endroit est judicieusement investi et utilisé dans le but d’optimiser la lutte qui de l’avis de tous durera longtemps. Les tentes sont bien alignées le long d’allées larges et commodes. Le podium
est installé de telle manière que le plus grand nombre puisse suivre les discours, les messes religieuses, les concerts de musique. Nous voyons les gens évoluer sans se gêner malgré la violence des combats. Mon post du 26 février « Concerto pour piano et barricades » décrit cette organisation sur Maïdan. Je ne répèterai donc pas mes propos.
Je ne parlerai içi que des barricades dont je n’avais pas mesuré l'ingéniosité. La caméra le montre bien, ces barricades sont montées de telle manière à bloquer efficacement l’avancé des berkouts. Un espace est prévu pour faire brûler les pneus dont la fumée noire est un écran efficace. De lourds véhicules entravent la marche de la police, ne lui laissant souvent qu’une fenêtre étroite pour intervenir. On le voit très nettement, la police n’a pas avancé d’un pouce sauf le jour où elle a commencé à tuer. Alors la partie était devenue inégale. Les insurgés n’avaient pas prévu que les berkouts allaient devenir des assassins.

Gens de Maïdan
Le réalisateur ne les fait ni parler, ni témoigner ou commenter. Et c’est tant mieux ! La caméra suffit ! Parler en plus aurait détruit l’impact et la vérité de l’image. Les insurgés veulent la fin du mensonge et du vol organisé. Ils veulent la liberté et la démocratie. Pas nécessaire d’expliquer. Tout le monde sait de quoi il s’agit. L’idéal est défini, clair et beau. Pas de bavardages ni de gloses inutiles. L’action seule tend maintenant ce peuple jusqu’à la victoire finale.
Nous voyons les gens marcher, aller et venir, de la ville vers Maïdan, de Maïdan vers la ville, approvisionner, préparer des repas, manger, dormir, prier, partir à l’assaut, lancer des pavés ou des cocktails-molotov, des pneus dans les flammes, secourir des blessés, donner à boire, etc. C’est une fourmilière où chacune et chacun joue un rôle précis.
Et ils chantent, beaucoup et souvent.

Sans doute Inna Shevchenko manquait-elle ! Le jour où les droits de cette république ukrainienne seront rétablis, elle pourrait orner le prochain billet de banque dans cette même attitude entraînante de la Marianne de Delacroix poussant en avant les insurgés de 1848 qui ornait nos anciens billets de 100 Frs.

On s’est marié sur Maïdan. On est mort sur Maïdan. Mais sans doute aussi des bébés sont-ils nés sur Maïdan !

Et puis il y a la poésie, toujours et encore, en Ukraine, la poésie qui unit ce peuple pacifique, la poésie qui entremêle les âmes et les coeurs, la poésie pour rire, la poésie pour pleurer, la poésie pour aimer, la poésie pour prier, la poésie pour naître et celle pour mourir.

Enfin la poésie pour que LEUR REVOLUTION REUSSISSE

"Deux jours, une nuit" des frères Dardenne

"Marion, Marion ! Magnifique Marion !" aurait déclaré Jean-Claude Brialy s’il avait encore été parmi nous et si Marion Cotillard avait reçu le Prix d’Interprétation Féminine au dernier Festival de Cannes pour le rôle de Sandra. Mais Emily Duquesne l’avait déjà reçu pour son rôle de Rosetta dans le film du même nom qui avait reçu la Palme d’Or en 1999.
Et malgré un sans faute, "Deux Jours, Une Nuit" n’a pas le souffle poétique de "Rosetta".

De "La Môme" à "Deux Jours, Une Nuit", Marion Cotillard sait tenir un rôle lourd de bout en bout, nous confirmant ainsi son génie de comédienne. Pas une faille où s’engouffrer, pas un défaut. Chapeau l’artiste ! 

Sandra est cette ouvrière aux traits tirés, à la peau grise, aux cheveux gras à la teinture cheap, au corps maigre et voûté serré dans un Marcel qui laisse apparaître de disgracieuses bretelles de soutien-gorge. Si nous la mettions, dans la réalité, à une sortie d’usine, nous ne reconnaitrions pas Marion Cotillard.

Nous retrouvons Fabrizio Rongione, acteur fétiche des Dardenne dans le rôle du mari. Admirable lui aussi.

Solwal, fabrique de panneaux solaires, lutte contre la concurrence chinoise qui, envahissant le monde de ses panneaux, a mis à mal toutes les usines européennes. Est-ce l’occasion pour la Sté pour licencier Sandra ? Le prétexte sera que, suite à une dépression nerveuse dont elle sort guérie au bout de trois mois, elle ne serait, selon son patron, pas capable d’exécuter convenablement son travail. Le droit social belge autorise-t’il une telle facilité de licenciement ? En France, ce n’est pas aussi  simple. Chez nous, si le médecin signe la guérison complète du patient, l'employé doit réintégrer son poste. Et même si le médecin reconnait qu’il y aurait quelques séquelles, l’entreprise doit mettre tout en oeuvre pour trouver un poste en adéquation avec l’état de santé de l’ouvrier(e).
Ensuite le patron dira qu'en l'absence de Sandra, le boulot peut-être fait par 16 personnes au lieu de 17. L’histoire de la prime-chantage aux ouvriers contre le licenciement de Sandra apparait un peu surréaliste. Sans doute une spécificité des pratiques sociales belges. En France, une telle situation n’est pas connue. 

Cela pour dire quoi au juste ? Que de projeter ce film en France, donnera à penser, car le spectateur oubliera la Wallonie belge, qu’il est facile dans notre pays de licencier le personnel. Ce qui est rigoureusement faux. Le licenciement chez nous est extrêmement compliqué à mettre en oeuvre car très strictement encadré avec des conditions à remplir contenues dans un Code du Travail, le nôtre, qui est le plus épais voire confus d’Europe.

Et une nouvelle fois un certain public français, plus boboïsant qu’expert en droit du Travail s’en prendra au capitalisme que l’on chargera une nouvelle fois de tous les maux. 

Donc ce qui semblerait juste en Belgique est faux en France.
Le droit européen du travail a encore du chemin à faire pour être convergent, en suivant l'argument du syndicat le plus disant, cela va de soit.
Sans partir dans une glose économique détaillée, il est à souligner que si les avancées sociales apparaissent justifiées tout au long du XIXème siècle jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, celles qui sortiront du gouvernement provisoire de la République Française entre 1944 et 1946, à majorité communiste, enfermeront notre économie nationale dans un carcan tel que, dans notre situation actuelle de crise, il est impossible de réformer quoi que ce soit. Nous le voyons tous les jours avec les files de chômeurs qui s’allongent inexorablement et les entreprises qui refusent d’embaucher à cause de la complexité à gérer leur personnel appelé aussi improprement "ressources humaines".
Juste une précision qui ne fait pas rire compte tenu du désastre mondial que le communisme a entraîné, Karl Marx a écrit le Capital sans jamais autopsier la moindre usine. Son essai est écrit à partir d’autres essais. Il n’est jamais sorti de son bureau. 
De même pendant notre Révolution de 68, notre Jean-Paul Sartre, pipe à la bouche, distribuait des tracts (ou flyers) anti-capitalistes à la porte des usines Renault de Billancourt, sans jamais être entré dans l’usine ni savoir comment fonctionne une machine-outils. A l’époque le bonhomme faisait bien rire les ouvriers. Moi, il m’avait profondément choqué, tout comme ses livres qui m’ont toujours ennuyés.

Sans une refondation sociale sérieuse et porteuse de croissance, il y a de fortes chances que nos cinéastes "sociaux" puissent pendant quelques années encore filmer de telles tragédies.

Il faut profiter de voir ces films car ce monde ouvrier disparaît d’année en année, la production industrielle ne représentant plus en France que 12% de l’économie nationale.  

Mais si refondation sociale il y a un jour, laissons les philosophes et autres penseurs macro dans leur chambre.

Si le capitalisme semble être devenu une bête immonde, le droit social français s’est pour sa part transformé en un piège dangereux dans lequel le premier ne veut pas se prendre. 
  
Mais reconnaissons aux frères Dardenne un talent indéniable à décrire un environnement ouvrier sans pathos inutile. 
Il ont bien mérité les ★★★★★ que tous les critiques leurs ont octroyé

dimanche 11 mai 2014

"Au nom du fils" de Vincent Lannoo

La première réaction aux scènes de ce film a souvent été d'éclater de rire tellement les situations sont grotesques et absurdes.

Vincent Lanoo s'attaque à la pédophilie au sein de l'église chrétienne que trop souvent la haute autorité ecclésiastique dissimule, couvre ou bien minimise lorsque un scandale éclate comme il y a quelques temps aux USA.
Précisons pour relativiser que cette perversion sexuelle n'est certainement pas l'apanage exclusif d'un certain clergé mais aussi de toutes les institutions à caractère non religieux, collèges, colonies de vacances,etc. qui s'occupent d'enfants
Le mariage des prêtres, même s'il est à souhaiter pour des considérations humaines évidentes, ne résoudra pas ce grave problème.

Dans le film, Elisabeth, croyante convaincue qui anime une émission religieuse sur Radio Cato, a un fils qui entretient une relation, alors qu'il n'a que 14 ans, avec un curé, adipeux et flasque, nommé Achille.  Ce fils, Jean-Charles, honteux de son acte, se suicide au fusil de chasse devant sa mère. Dès lors, persuadée qu'elle doit punir et que Dieu guide sa main, elle tue au pistolet les curés soupçonnés de pédophilie dont elle s'est procuré la liste.

Au delà de la dénonciation de cette perversion, il y a une critique acerbe mais juste d'une certaine phraséologie utilisée par l'Eglise pour animer la foi des croyants. Messages souvent absurdes qui mènent parfois à l'intolérance tels les groupements religieux Civitas, Dies Irae, Fraternité Saint Pie-X, et/ou à la violence tels les groupements para-militaires que l'on a vu à l'oeuvre dans le film s'acharnant à coup de mitraillette contre des effigies de Ben Laden. Ces groupements malheureusement existent et ont participé dernièrement aux manifestions contre le Mariage pour Tous. Il y a quelques années, ils faisaient des coups de force contre les manifestations pour le droit à l'avortement.

Par ailleurs, ces groupes ne le disent pas clairement mais leur racisme est patent, contre les noirs, contre les arabes, contre les gitans et les roms qui seraient responsables des maux actuels en France. Ils serait dangereux de minimiser l'influence de ces groupements, qui attendent, mis en sommeil, que des politiques du genre FN gagnent quelques élections significatives pour pouvoir surgir et demander un morceau de ce pouvoir. Le FN a beau clamer que ces groupes ne font pas partie de son mouvement, c'est faux, archi-faux. Ils pensent tous de la même manière. Il n'y a que les mots qui diffèrent un peu. La journaliste-essayiste, Caroline Fourest, décrit brillamment ces groupements, leurs idées et leurs actions dans ses nombreux livres (voir mon post sur Inna).

Le film dénonce aussi le concept de Loi Naturelle qui exprime la volonté de Dieu. Elle est unique et défie le temps. Elle ne change pas. Dans le film, les croyants doivent se soumettre à cette Loi ainsi qu'à tous les phénomènes qui en découlent et que l'on ne doit pas chercher à comprendre. Plus précisément, cette Loi s'oppose fermement à l'acceptation de l'homosexualité, puisque la loi naturelle a présidé à la création de l'homme et la femme pour qu'ils s'unissent et enfantent.

Ce film, c'est effectivement du gros calibre avec Elisabeth en "tonton flingeur sous le soleil de satan" mais il a le mérite de pointer du doigt ces terribles déviations de nos sociétés

Je suppose que ce film sera très critiqué par les milieux chrétiens et que les exploitants de salles de cinéma ne feront pas de zèle pour programmer ce film, tellement ils craignent de possibles manifestations violentes d'activistes pro-chrétiens.

Parfois l'outrance est nécessaire pour faire passer des idées.

Les Droits de l'Homme sont nés de la Révolution Française et cela n'a pas été une simple promenade bucolique. 






jeudi 8 mai 2014

"Last Days in Summer" de Jason Reitman VO

Vous avez adoré "Sur la Route de Madison", vous aimerez "Last Days in Summer". Frank /Josh Brolin n’est pas Clint Eastwood, mais il assure très bien son rôle de criminel en cavale qui se réfugie chez Adèle le temps que la police perde sa trace. D'abord apeurée et méfiante, Adèle, merveilleusement interprétée par Kate Winslet, s’habitue à la présence de cet individu et prend confiance en lui. La romance commence ! Une vrai romance US avec tous les trucs et recettes de cinéma d'amour américain que l'on connait par coeur mais que j’aime. Une femme, au corps généreux, qui élève, seule son fils, Henry, dans une maison en bois déglinguée. Lui, un homme aux muscles puissants, entre GI et bûcheron, tout en violence contenue, mais d'une douceur exquise qui sait tout faire, même repasser et confectionner des peach pies dans une danse sensuelle à quatre mains qui va achever de conquérir le coeur de la belle. 
Il essaiera de justifier avec trois mots difficiles à articuler que la mort de sa femme n’est pas due au meurtre dont on l’accuse, mais à une chute, sa tête ayant violemment cognée contre le radiateur. Un peu comme l’homicide involontaire de Marie Trintignant par Bertrand Cantat.
Adèle apprend à aimer cet homme dont elle excuse le passé. Quant à Henry, son amour filial basculera de son père biologique vers Frank.

Si la morale de l’amour absout le crime de Frank, la morale des hommes lui fera purger 25 ans de prison au cours desquels son amour pour Adèle grandira.
La musique a été finement choisie pour accompagner les gestes et les regards. 
Tout est lent et doux, douloureux et romantique avec les couleurs MGM du grand cinéma américain.


mardi 6 mai 2014

"D'une vie à l'autre" de Georg Mass - VO

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Katrine/Juliane Köhler est née de l’union d'une mère norvégienne avec un officier allemand. Pour éviter que sa mère subisse des représailles, elle est placée dans un orphelinat pour enfants aryens en Allemagne dans le cadre de la politique nazie du "Lebensborn". A la fin de la guerre, Katrine, après des recherches, trouve qui est sa mère, Ese Evensen/Liv Ullmann et où elle vit. Parce que nous sommes en RDA où la liberté est limitée, elle n’aura d’autre solution que de s’échapper pour gagner la Norvège. Redevenue norvégienne, elle coule une vie agréable entre son mari, Bjarte Myrdal/Sven Nordin, sa fille et sa petite-fille. 
Jusqu'au jour où d’autres enfants au même parcours que le sien poursuivrons en justice le gouvernement norvégien pour sa collaboration avec l’Allemagne nazie et demanderons réparation. 
Un avocat s’intéresse particulièrement à Katrine et s’interroge sur ses hésitations au cours de ses témoignages au procès. Ce qu’il va découvrir est terrifiant et va bouleverser la vie paisible de cette famille.

On entre difficilement dans ce thriller. Nous sommes en 1990. Le Mur de Berlin est tombé en novembre 1989, et les deux Allemagnes sont réunies en octobre 1990. Au début, on ne comprend pas bien pourquoi Katrine va en Allemagne, change de physique pour rencontrer certaines personnes et rechercher certaines informations. Progressivement, on découvre que ces personnes rencontrées sont des anciens de la Stasi, la police politique de la RDA et que ses recherches portent sur l’infirmière qui s’est occupée d’elle à l’orphelinat.

Le film se déroule entre espions de la Stasi, l’OTAN espionnée, une mère qui ne veut plus parler du passé, une Katrine qui s’enferme dans le mutisme, son mari qui doute,  jusqu’au dénouement où la vérité éclate due à l’investigation opiniâtre d’un avocat.

Toute l’énigme est dans le titre "D’une vie à l’autre". Entre "vie" et "autre" surgira un mensonge terrible qui brisera des vies.

La dictature et la guerre ont fait du mensonge la vérité, la démocratie et la paix révèlent la vérité en dénonçant le mensonge. 

Le réalisateur a brillamment mené l'action et a bien su recréer cet ambiance paranoïaque de l'espionnage dans le monde stalinien. Les acteurs ont été excellents. Liv Ullmann est étonnante de vérité. Juliane Köhler passe du personnage de Katrine à celui de Vera le plus naturellement du monde. 
Par contre, Georg Mass a un peu exagéré les villes déglinguées et jaunâtres de l'ex-RDA et la sobriété gris métallique de la Norvège. Les couleurs des ces deux pays sont plus subtiles et d'y être ne provoque pas forcément l'angoisse du film. Mais bon, c'est pour sans doute augmenter le suspense !
A par cela, le film est superbe.

A voir absolument




vendredi 2 mai 2014

"Pas son genre" de Lucas Belvaux



C'est une histoire d'amour !
Une très belle histoire d'amour !
Une authentique histoire !
Un vrai amour !
Elle n'est plus tout à fait cette coiffeuse, il n'est plus tout à fait ce prof. de philo - écrivain
Les mots supplémentaires que je pourrais écrire n'apporteraient rien.
Je veux garder intacte l'émotion!




jeudi 1 mai 2014

"My sweet pepper land" de Hiner Saleem

Il était une fois dans l'East !

En hommage sans doute aux yankees qui ont déversé des millions de US$ pour reconstruire le Kurdistan irakien après les raids opérés par Saddam Hussein, l'hôtel du village s'appelle le"Pepperland".

C'est un film genre western spaghetti que ne désavouerait pas Sergio Leone pour le scénario, ni non plus Ennio Morricone pour la musique, tellement le hang de Govend renvoie à l'harmonica de "l'homme à l'harmonica" dans "Il était une fois dans l'Ouest".

Le film a été tourné au Kurdistan dans le décor naturel grandiose des montagnes de ce pays. Le héros-justicier est intelligent, beau, calme. Ses yeux dorés scrutent et analyse rapidement et ses décisions sont de type "on the spot reactions". C'est Baran/Korkmaz Arslan missioné par le nouveau gouvernement du Kurdistan pour faire appliquer la loi dans cette partie sauvage du pays en bordure de la Turquie et de l'Iran, région soumise au chef local, Aziz Aga/Tarik Akreyi qui cherchera à éliminer Baran, trop curieux de ses trafics en tous genres.

Arrive Govend/Golshifteh Farahani, belle et intelligente jeune femme aux yeux noirs, qui prend son poste d'institutrice dans ce village perdu, assez loin pour échapper à ses frères qui veulent la marier contre son gré à un homme de leur connaissance.

Govern joue réellement et merveilleusement de ce hang, qui contrairement à ce que l'on pourrait penser n'est pas un instrument irakien, mais...suisse, inventé dans les alpages en 2000.

Tarik Akreyi et ses sbires font tout pour que Baran déguerpisse, y compris en voulant chasser Govend qu'ils soupçonnent d'entretenir une liaison avec celui-là.

Le film est plein d'embuscades, de trahisons, de chevauchées sauvages, de coups de mains, de tirs d'AK-47 (La célèbre Kalachnikov, fusil-mitrailleur génial - elle ne s'enraye jamais - inventée par Mikhaïl du même nom mort en 2013)

Baran et Govend tomberont amoureux (on l'a 
très vite compris au début du film). Un bel amour avec deux baisers, le premier, long et fougueux, le second, sensuel et doux. Et la suite plus intime mais qui ne montrera que l'image d'un bonheur parfait.

On souffre pour ces protagoniste qui essayent de sortir leur pays et eux-mêmes de ses coutumes machistes et religieuses ancestrales et qui luttent contre les mafieux des montagnes. 

On rit aussi ! 
Mais certaines scènes de ce film nous donnent à réfléchir sur la récente liberté de cette région autonome de l'Irak et la difficulté qu'elle a à se construire avec toutes les aspirations de beaucoup de ses habitants à sortir de ce carcan moral qu'est la culture traditionnelle.

"My sweet pepper land" est admirablement tourné par un réalisateur qui connait bien le Kurdistan et très bien joué par des acteurs pour la plupart inconnus sauf Golshifteh Farahani, actrice iranienne, qu'il faudra aller voir dans un film à venir  "Eden" et revoir dans "Syngue Sabour, pierre de patience". Quant à Korkmaz Arslan c'est son premier rôle.

Un très bon moment de cinéma.


mercredi 30 avril 2014

" Les 3 soeurs du Yunnan" de Wang Bing



Quelque part dans le Yunnan chinois. 3200 mètres d'altitude. Montagnes herbeuses, sans arbres. La neige couvre encore ses pentes par endroits. Un village accroché tout là-haut, dans la brume. Maisons groupées bâties en pisé aux toits de chaume. A l'intérieur, le strict minimum: rares ustensiles de cuisine, bois pour se chauffer et cuire, lits en planches. 80 familles de paysans vivent là, en presque autarcie, une rude vie de paysan. Vie collective. On mange ensemble. Les enfants sont à tous.
Seuls liens avec la lointaine Chine de l'expansion économique: l'électricité, la télévision et l'assurance-santé qui augmentera cette année de 10 yuans (environ 1,1 €), trop cher pour eux dont les maigres revenus proviennent de la vente de pommes-de-terre et du travail à "l'usine de la ville" de certains dont le père des 3 soeurs Yin-Yin, dix ans, Zhen-Zen, six ans, et Fen-Fen, quatre ans. Leur mère est partie, disparue, évaporée. Le père rentre peu souvent de sa lointaine usine. Puis il perd son emploi et reste à la maison avec ses 3 filles.

La caméra filme leurs occupations quotidiennes. La plus active, c'est Yin-Yin. C'est l'enfant que Wang Bing filme constamment. Pas d'oisiveté pour elle mais au contraire des tâches domestiques et agricoles qui l'accapare une grande partie de la journée. Cette fillette est d'une certaine façon déjà adulte. Seule sa mignonne frimousse est celle d'une enfant. Ses travaux, ses gestes ses préoccupations, ses responsabilités sont ceux d'une grande personne: préparer les repas, nettoyer, laver le linge, épouiller la tête de Fen-Fen, ranger, s'occuper des animaux domestiques, couper de l'herbe, aller chercher, porter,...

Peu de paroles dans ce film. La vie est trop rudimentaire et dure pour bavarder. Seul le vent joue sa musique lancinante.

Il y a de belles scènes comme celle où les fillettes abaissent les bambous pour que les chèvres broutent les feuilles de la cime. On voit la petite Fen-Fen qui pousse de tout son poids les tiges vers le bas. La recherche des poux dans les cheveux et les cols de chemises. La préparation du repas.

Les soeurs ont des joies et des peines comme tous les enfants de la terre. Elles n'apparaissent pas malheureuses de leur sort. Peut-être sont-elles encore à un âge où le désir d'une vie meilleure sinon différente ne les atteint pas encore. Sans doute y a-t-il dans leur regard une certaine résignation à un destin qui est celui de leur famille depuis des générations. Ainsi va la vie là haut. Temps long. Routine lente de la survie.

Yin-Yin est écolière. Pour l'occasion, son père la lave, elle d'habitude noire de poussière ou de boue séchée comme ses 2 soeurs. Elle met des vêtements propres, chausse des baskets neufs. Mais le livre de classe est vieux, tâché et corné. Yin-Yin apprend avec passion et à la maison, étudie avec application.

Pas de pathos, pas d'émotion inutile dans ce film. Seul compte pour Wang Bing l'étude ontologique précise. L'oeil du cinéaste est affectueux, ses images toujours empreintes d'une grande délicatesse. Rien ne heurte ou ne choque notre regard de spectateur malgré l'état d'extrême dénuement des habitants de ce village.

La vie semble n'être que terrestre pour ces paysans des montagnes. Pas de petit autel votif avec brûle-parfum et offrandes pour conjurer les mauvais esprits ou prier un dieu. .

La vie s'écoule sans croyance pour ces filles et fils de la terre. 

Dieu n'est pas chinois.

samedi 12 avril 2014

"Nebraska" d'Alexander Payne

S'il y a un film à voir actuellement, c'est celui-là. Je ne vais pas vous raconter l'histoire que vous trouverez partout sur la Toile. Voiçi quelqu'unes de mes impressions.

Le film peint cette Amérique oubliée des provinces de l'intérieur qui n'est plus dans la course. Le rêve américain s'est arrêté avec Reagan qui en déréglementant la finance, a déboussolé l'économie américaine, stoppant net le développement de beaucoup d'Etats. Le vieux Woody/Bruce Dern, rescapé de la guerre de Corée, participe encore de ce rêve pensant avoir gagné 1 000 000 US$. Mais il fait déjà partie de l'histoire, il n'est plus dans ce présent, dur et triste pour ne nombreux américains. L'accompagneront sur sa route son fils David/Will Forte et son épouse, Kate/June Squibb. Magnifiques acteurs qui auraient  aussi mérité un prix d'interprétation. 

Il fera avec son fils la route de Billings (Montana) à Lincoln (Nebraska) pour toucher son million, en traversant le Wyoming et le South Dakota. La route fait partie de l'imaginaire américain. La route 66 des "Raisins de la Colère" de l'Illinois à la Californie, "la Route" de Jack Kerouac, d'"Easy Rider" de Denis Hopper, la cavale de "Thelma et Louise" de Ridley Scott à travers les USA, la fuite de "Sailor et Lula", et d'autres films que j'oublie. Toujours la route. La route du mythe américain. La route au bout de laquelle il y a le trésor, comme au pied de l'arc-en-ciel. 
La route de "Nebraska", elle va vers l'est traversant les mornes plaines vides et infinies du Midwest et ces villages que la crise a rendu tristes et silencieux.

Woody regarde, sceptique, les Présidents de Rushmore. "A celui-là il manque l'oreille !" Pas si fou que ça, le vieux ! Lucide !

Dès que j'ai vu Woody, c'était toi, mon vieux Bob qui apparaissais à l'écran. Même physique, même regard ! Bob Voslo, tu es aussi ce descendant de suédois. La dernière fois que je t'ai vu à au Congress Hall d'Atlanta, les 3 pontages sur ton coeur t'avaient donné cette même démarche saccadée d'automate. Tu gardais toujours ce discours court et rude d'une logique implacable, langue du Midwest, langue de mec. Maintenant tu ne parcours plus les immensités de l'Iowa avec ton pick-up Dodge. Ton cerveau est resté loin derrière, enfermé dans le rêve américain. Peut-être regardes-tu la télé toute la journée avec ta bouteille de Bud à la main ? So long, old timer !

Cet univers décalé et hors du monde que dépeint si bien Annie Proulx dans ses lives. Héros cabossés, personnages extravagants, routes défoncées, usines vidées...

Peu importe les quelques invraisemblances du film. L'important, c'est la symbolique du paradis perdu qui s'en dégage. L'histoire pourrait être un conte "Il était une fois un vieux monsieur qui croyait en lisant une réclame qu'il avait gagné 1 million de US$..." Un conte qui finit bien, Woody récupère un morceau de ce rêve sous forme d'un pick-up et d'un compresseur neuf.

Grand poème triste qui se déroule en noir et blanc. Teinte sépia des horizons.

Musique lancinante de guitares mêlées pour marquer la quête obsessionnelle du vieux.

So long, Woody !

samedi 5 avril 2014

"La Crème de la Crème" de Kim Chapiron

"Vous avez intégré la meilleure business school d'Europe ! Vous êtes la crème de la crème ! Mais vous avez des devoirs,etc." Ainsi le directeur de l'école, style DSK, ouvre l'année scolaire. 
Et ensuite tout s'enchaîne dans un tourbillon de disco, de sexe, d'alcool... Et très peu de
cours. 
On entend souvent que dans ces écoles, les étudiants ne font pas grand chose. C'est en partie vraie. Ils sont tout de même  formés pour être des managers capables de naviguer dans toutes les situations de l'entreprise, et par tous les temps. On leurs apprend qu'une entreprise, c'est un produit, "une chose", un "neutre" qui se vend et s'achète, se coupe, se morcelle, se délocalise...On embauche et on débauche en suivant les fluctuations boursières. Et pour réaliser cela, "no emotion", et toujours garder l'oeil fixé sur "l'ebit" en utilisant l'outil que l'on a mis en place appelé "process". Chaque responsable "tracke" et périodiquement tous les indicateurs de l'entreprise sont réunis dans le "control tower". Grâce à ces outils l'actionnaire contrôle pour souvent en demander toujours plus.
Ce manager lui-même est un produit, "une ressource humaine".

Pour arriver à fabriquer ce manager inoxidable, il faut décerveler l'individu, le sortir de ses humanités, le rendre poreux,  pour  en faire cet homme de chiffres et de tableaux Exel ou Power Point.

Dans le film, le sexe et le réseau de prostitution ne sont qu'un prétexte, certes d'une manière un peu exagérée, de montrer à quel point ces étudiants sont capables de n'importe quelle action avec la plus parfaite amoralité car les techniques de management s'appliquent à toutes les activités humaines... et la prostitution, c'est ausi du marché !

C'est un jeu ! L'école est faite pour leur apprendre ce jeu dans lequel l'entreprise devient un concept abstrait de chiffres et de process. 
L'école sert aussi surtout à se constituer un réseau. C'est très important. Davantage que la scolarité.
De la forme et uniquement cela ! Le fond, aucun intérêt ! 

Si ce film traite aussi d'une certaine misère affective, elle procède de cette éducation "déshumanisée"

Heureusement, certains étudiants se protègent de cette manipulation et savent résister en utilisant les enseignements pour des objectifs où l'humain est central.
Les acteurs sont excellents. Ils ont parfaitement compris les personnages qu'ils devaient jouer, ces jeunes que l'on appelle la génération Y.
Kelly/Alice Isaak est merveilleuse en stratège froide. Louis /JB Lafarge parfait en "action man". Dan et Jaffar aussi campent bien leur rôle.

C'est un très bon film que les parents devraient voir pour qu'ils se rendent compte des écoles où peut-être iront leurs enfants.
Ne pas oublier qu'elles s'adressent à des familles de très bons niveaux de revenus. Une année d'étude à Kedge (Ecole de commerce de Bordeaux) coûte environ 10 000 Eurosde pour la seule scolarité
Pas de parents dans la salle de cinéma ! Dommage ! Uniquement des jeunes entre 20 et 23 ans.

dimanche 30 mars 2014

"All about Albert" de Nicole Holofcener VO

Eva/Julia Louis-Dreyfus, divorcée et masseuse professionnelle, rencontre au cours d'une "party" Albert/James Gandolfini, gros nounours affectueux, lui aussi divorcé.

Elle est tonique, lui est drôle. 
Ils sont parents tous les deux, chacun d'une fille approximativement du même âge.

Ca colle assez rapidement entre eux.

Mais il seront victimes d'un quiproquo qui mettra en danger leur relation. 

Si vous voulez voir un comportement amoureux authentiquement US, c'est le film qu'il faut voir. Les dialogues sont parfaits, plus vrais que vrais. On aime ces acteurs qui jouent à la perfection ces rôles d'amants d'après divorce qui appréhendent un peu de se lancer dans une nouvelle relation.
Tous les acteurs périphériques sont aussi excellents dans cette façon désinhibée  typiquement US de parler de soi et de tous les problèmes de la vie quotidienne.

Malgré quelques longueurs, le film est à voir. Mais il faut vraiment connaitre et comprendre comment fonctionnent les état-uniens, sinon on risque de pas aimer.
Je mettrais ce film dans la catégorie "Art et Essais US" (C'est A qui me l'a soufflé !)

Une nouvelle triste: on ne verra plus James Gandolfini, décédé 3 mois après la réalisation du film. 




lundi 24 mars 2014

"Valse pour Monica" de Per Fly

"Valse pour Monica" retrace une tranche de la vie de Monica Zetterlund, fameuse chanteuse de jazz dans son pays. Elle est suédoise et blonde. Mère de famille et célibataire. Pas encore connue, elle continue à travailler dans un centre d'appel téléphonique tout en chantant le soir dans les cabarets suédois.
Enfin New-York qui la fascine, New-York qui aspire les talents, l'appelle.
 
Elle entre dans son destin.

Elle passera d'un répertoire jazz classique en anglais à un répertoire en suédois, de poèmes mis en musique jazz. Et c'est le succès !

Nous sommes à la fin des années 50-début 60. Epoque enthousiaste, de risque-tout, de casse-cou, de paris fous. On fume des Lucky Strike et on boit du Johnny Walker. Beaucoup des deux. Beaucoup trop pour Monica. Malgré cela, elle vole de succès en succès.

Le grand Bill Evans la veut à New-York.
New-York couronnera Monica.

Le film est en vo suédois. On n'est pas habitué à entendre cette langue dont les sonorités surprennent. La reconstitution des années 50-60 est superbe. Le Technicolor cinestyle sans doute utilisé donne aux images ces chaudes teintes marshmallow de l'époque. Même la manière de filmer avec cette caméra qui saute d'une image à l'autre nous plonge dans les films de ces années-là.
Monica est émouvante, qui court après la reconnaissance, le besoin d'être aimée de son public. Sorte de Billie Holiday que la vie déchire. Edda Magnason interprète magnifiquement le rôle de la chanteuse dont la voix chaude émeut un public qui l'acclame par une standing ovation à chaque tour de chant. Elle colle "à la manière d'être" de l'époque que l'on imagine pas autrement que ce que le film montre. Lunettes-aile de papillon, grosses berlines noires, vols sur SAS, palace à New-York, cabarets bondés et enfumés...

C'est l'époque des stars, fantasques et alcoolisées, collectionneuses de maris, qui jouent leur carrière tous les soirs.
Monica est cette star.

Beau film, décalé de l'offre actuelle. Et avec en plus du très bon jazz !