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dimanche 9 mars 2014

"Diplomatie" de Volker Schlöndorff

Superbe film servi par d’excellent acteurs Niels Arestrup/général von Choltitz et André Dussolier/Raoul Nordling, consul de Suède. 
Est-ce un film ! Plutôt une pièce de théâtre mise sur une pellicule. Peut-être la pièce serait-t’elle plus intéressante car la profondeur du sujet exigerait cette proximité avec les acteurs que seul permet le théâtre.
D’ailleurs, les acteurs ne jouent pas comme au cinéma, mais comme s’ils étaient sur des planches. Ce qui donne cet aspect décalé entre le décor de cinéma et le jeu dramatique des protagonistes.

23 août 1944, Nordling rend visite au général von Choltitz à son QG installé à l’hôtel Meurisse pour discuter avec lui et le dissuader de faire exploser Paris car tel était l’ordre d’Hitler.

C’est une fiction pure. Pas de recherche d'une vérité. Les hommes ne se sont que très peu rencontrés. Mais là n’est pas le plus important car si on réfléchit un peu, on imagine mal un général tel que von Choltitz, avec les responsabilités qui sont les siennes, acculé à prendre des décisions très rapides dans une situation de débâcle, ait pu avoir le temps de philosopher avec le Consul sur la décision ou non de brûler Paris. Egalement miner Paris avec le peu de moyens en armes et en hommes dont disposait le général, aurait été une mission très difficle à exécuter. Par contre ce qui est une vérité ou très proche de l’être est que von Choltitz a abandonné l’idée de faire exploser Paris et que Nordling a été un acteur déterminant dans la victoire alliée, notamment son obsession de protéger les populations civiles (libération de prisonniers, empêcher le blocus alimentaire de Paris, etc.).

Il y a eu de précédents films et/ou pièces de théâtre tel "Le Souper", qui fait se rencontrer Talleyrand et Fouché sur la politique à mener après l’abdication de Napoléon. Fiction. Ou bien la « Controverse de Valladolid » qui fait s’affronter au XVIe le chanoine Sepulveda et le dominicain Bartolomé de Las Casas sur le fait de savoir si les indiens d’Amérique ont une âme ou pas. Pure imagination aussi.
Ces rencontres n’ont jamais eu lieu.

Mais alors, quel est l’intérêt historique de ces films ou pièces de théâtre ? Celui de concentrer dans un scénario simple un fait déterminant de l’histoire qu’il serait extrêmement difficile à monter en film (et souvent à expliquer aux communs des mortels) tellement est souvent complexe le faisceau de causes, de raisons, de faits et d’effets. Car très rares sont les films historiques qui retraçent fidèlement un fait authentique et vérifiable. Et avec la vérité vraie, Il y a de fortes chances pour que le film soit d’un ennui mortel. 

C’est une manière de sublimer l’histoire ! Ces fictions forcent le débat historique. 

Le film est avant tout un spectacle.

Ce qu’il faut garder de "Diplomatie"  est le jeu merveilleux des acteurs et l’efficacité des dialogues.

samedi 8 mars 2014

"Les Pays" de Marie-Hélène Lafon

Claire quitte son Cantal natal et la ferme de ses parents et "monte" à Paris étudier les Lettres Classiques à la Sorbonne.
C'est une fille de paysans simples.  Ce livre est son histoire.

Juin. La vie de Claire change quand elle achète ce pantalon rouge après un examen brillamment réussi. A partir de ce fait  banal, il y aura pour Claire un avant et un après. Un avant quand elle demande à la vendeuse d'essayer un 40. "Le 38 vous ira parfaitement" rétorque la vendeuse. Claire insiste pour le 40 tellement elle est habituée à se dissimuler dans des vêtements amples, tombants, voire informes, qui font disparaitre le corps. Et puis un après quand elle accepte de passer le 38. Super ! Et la mue commence: ce 38 fait découvrir à Claire que cette taille, c'est la sienne, et qu'elle a un corps que l'on peut regarder. 
Un avant avec des vêtements qui signent ses origines modestes de fille de paysans dans un "pays" perdu, les pieds dans la bouse, les mains à faire les foins ou à fabriquer le Saint-Nectaire. Un après en endossant avec ce pantalon une peau de citadine, dans un corps de gens des villes non déformé par l'harassant labeur de paysan, un corps lisse, un visage doux sur lequel Claire appliquera ces crèmes qui promettent l'éternelle jeunesse.

Elle a ses genoux un peu gros qu'elle n'aime pas. Mais avec ce pantalon rouge, plus de genoux !

La mue est faite. Elle ne renie rien de son origine paysanne, mais elle peut maintenant affronter Paris, la frénésie et la futilité. Elle continue d’étudier, d'arrache-pied, avec passion, le latin et le grec surtout. Elle est prête pour affronter ce qui distingue les gens cultivés entre eux : l’aisance ! Ce truc que l’on a en tombant dans une marmite de potion culturelle et éducative. Existerait-il un gène de la culture ! Et ce sera la rencontre avec Jean-René, fils de diplomate, né en sachant déjà écrire et parler, qui discute d’égal à égal avec les professeurs, qui méprise les examens. Il est au dessus. Il écrit, lui ! Qu’a-t’il besoin de ces contingences pour exercer son art. Et puis il y aura Lucie de Mortemart, brillante étudiante elle aussi et qui aime Bach. C’est pas rien, cette famille qui démarre au XIème siècle et qui a donné des lignés de ducs, princes ou marquis, pairs de France, alliée aux meilleures maisons, possédant châteaux et hôtels particuliers. ! 

Mais point de griserie chez Claire ! Ce qu’elle recherche, c’est la belle mécanique intellectuelle de ces gens là, pas ce qu’ils représentent.
Pas de reniement quand elle travaille avec Mme Rablot, caissière à la banque où elle travaille l’été pour compléter sa bourse d’études. Mme Rablot est une « pays », tout comme Alain, le bibliothécaire de la fac.

Ce qu’aime Claire, et ce qu’elle n’aime pas:
  • Elle n’aime pas les jeux de société. Aux combinaisons infinies que permet le maniement des mots et des phrases, le jeu lui apparait futile;
  • Elle n’a pas de télévision. Que vaut l'image souvent pauvre en signification en comparaison de l'écrit qui ouvre à  tous les imaginaires;
  • Elle aime l’Italie. Ce pays a décliné en mille beautés ce que la Grèce a inventé de pur;
  • Elle aime l’auteur italien Primo Lévi. Elle n'écrit pas son nom. Mais la description qu'elle en fait, ça ne peut être que lui. Cet ingénieur-écrivain qui a su mettre l’esprit scientifique dans la littérature. Sa photo trône quelque part dans sa bibliothèque. Souvent je pense à lui. Il aimait aussi la montagne !
  • Elle a aimé deux hommes. D’abord Gabriel, l’étudiant US, puis son mari. Elle divorce au bout de sept ans. Fin de l’amour ? On ne sait pas. Les livres, eux, ne déçoivent jamais !
  • Elle n'aime plus l'ail paysan, elle aime le vinaigre balsamique citadin.
Le début du livre est prudent, délicat. MHL fait avancer Claire sur la pointe de pieds dans ce monde nouveau. C’est comme une goutte d’eau sur la page, qui s’agrandit  progressivement pour recouvrir des faits et des sentiments proches.  Au fur et à mesure de l’écriture, MHL/Claire marche plus vite, court et plonge, participant ainsi à la frénésie intellectuelle d’étudier et de rencontrer ces autres étudiants qui avancent en avalant goulument toute la connaissance et la culture sur leur passage.
Au début lente, la phrase s’accélère. Les mots dansent, se cognent, forcent le passage, écartent, arrachent, prennent sensations et idées à pleines dents. 
Ensuite, la digression, MHL/Claire s’y enfile dès qu’elle en a l’opportunité. C’est aussi cela, l’aisance !
L’adjectif qualificatif ! Marie-Hélène Lafon en use, beaucoup, ne laissant jamais un nom commun perdu et esseulé. Il est qualifié pour qu’il soit bien cerné, pour qu'il n'ait pas un sens autre, mais bien celui qu’aura choisi MHL.
L’auteur est pétrie de classicisme. Le XVIIIème est là, que MHL reprend à son compte en le dépoussiérant pour lui faire traverser le XXème.
Elle aime la sonorité, la sensualité, la couleur des mots. Leur goût aussi !

Le livre commence doucement en sortant de la campagne. Il se referme doucement avec le père et le neveu de Claire venu porter à Paris, au professeur de Lettres qu'elle est, un peu de cet air paisible du Cantal

Je crois que j’ai aimé Claire !

"Un Week-End à Paris" de Roger Michell - VO

Jolie comédie jouée par deux acteurs de grand talent, Jim Broadbent et Lindsay Duncan, qui interprètent deux retraités de l'enseignement qui décident de fêter leur anniversaire de mariage (30 ans) à Paris.
Un peu gros, mais on rit !
Cette façon anglo-saxonne de déconner intellectuellement est toujours très divertissante ! 
Désinhibition et absurdité joyeuse !

A voir !

jeudi 6 mars 2014

"Week Ends" de Anne Villacèque

Ï
Quand un homme quitte une femme ? C'est quoi ? Une comédie ? C'est ainsi que la majorité des critiques ont qualifié le film.
Quand une femme quitte un homme ? Est-ce aussi une comédie ? Ou bien une tragédie ? J'attends un film sur ce scénario pour voir ce que les critiques diront.
Alors, optant pour une voie médiane, certains critiques ont nommé tragi-comédie ce film "Week Ends".
 
Ce film traite d’un mariage qui se brise dans une séparation. On verra à la fin... pas tout à fait !

En entrant dans la salle de cinéma de l'UGC où est projeté ce film, je suis frappé par la composition de l'assistance: la majorité des personnes sont des femmes, seules, entre 45 et 55 ans. Une poignée de couples. Peu d'hommes. Seuls.
J'ai imaginé les statistiques suivantes:
- 50% viennent voir ce qui est en train de leur arriver;
- 30% viennent pour voir ce qui leur est déjà arrivé. -
-10% viennent pour voir ce qu'il pourrait leur arriver sans avoir conscience que ça arrivera à 5% d'entre eux;
- il reste 10% pour lesquels qu’il m’est difficile de définir sans leur poser la question.

Le XIXème siècle a mis l'amour dans le roman.
Le XXème a mis l'amour dans le mariage.
Et à partir de là les choses se compliquent. L'amour, ce truc qui fait du bien partout et consume les coeurs, c'est pas toujours facile. On se marie, donc ! Pendant Un temps, ça fonctionne (un auteur people prétend que l'amour dure 3 ans), puis on ne se parle plus, alors on cherche des prétextes pour... Enfin on se déchire et on se sépare. Certains reviennent en couple. Enfin, d'autres, plus sophistiqués sans doute, divorcent puis se marient à nouveau ! 

Dans le film, deux couples, amis  de longue date, achètent chacun une maison de campagne en Normandie. Ces maisons sont voisines. Ils y passent tous leurs week ends. Au cours d'un WE Jean/Jacques Gamblain déclare à Christine/Karine Viard, son épouse, qu'il la quitte. L'annonce est soudaine - apparemment pas de signes annonciateurs - et brutale - effet immédiat de la décision, exaspération bruyante de Jean.
L'autre couple Sylvette et Ulrich, 30 ans de vie commune, 2 enfants, ont l'air de se satisfaire de leur vie douillette et ronronnante. Toutefois Sylvette posera à son mari quelques questions à énigmes sur l'amour et la vie commune. Ulrich, qui est allemand, lui répond avec des "Foui, foui" réconfortants. A dire vrai, d'imaginer la morne vie de ces deux-là, j'ai ressenti un sentiment de commisération. Les voir dans leur lit, Sylvette, dans un pull grosses mailles, et Ulrich avec un tricot de peau boutonné jusqu'au menton, on sait que la nuit sera paisible.
 
Viard et Gamblain sont classés acteurs comiques. Donc le film le serait-il aussi ? Pas sûr ! Il est tout l'opposé de "Divorce à l'Italienne" qui est franchement une comédie. On rit !
Avec "Week-Ends, le rire est suspendu entre des scènes douloureuses qui ne le sont pas vraiment et d'autres qui pourraient être drôles sans qu'elles le soient totalement.
De bons acteurs, certes, mais dont les rôles ne m'ont en rien convaincu. Un courant qui n'est pas passé. Une absence de ressenti chez moi ! Un je-ne-sais-quoi obscur qui fait que ça ne cadre pas, des situations qui s'enchaînent trop bien . Comme s'il existait une séparation standard avec mode d'emploi pour apprentis séparatistes.
Le scénario est un peu inégal avec quelques scène improbables: Jean qui installe sa maîtresse dans la maison commune, la vieille dame qui déclame par coeur un poème que Pascale (c'est la maîtresse de Jean) continue de réciter, Jean, à la fin du film, déprimé, qui se tient nu dans le salon, figé comme un mime de rue.

Mais bon à part ça, j'ai vraiment envie de revoir les falaises d'Etretat, le tapis de galets et la mer argentée qui scintille au soleil !

mercredi 5 mars 2014

Goya - Musée Ibercaja - Zaragoza (Espagne)

Oh merveille ! A côté de l'hôtel où je suis descendu à Zaragoza, je découvre une petite pinacothèque où sont exposées certaines oeuvres de Goya. Quelques peintures de l'artiste (pas les meilleures qui elles, sont au Prado à Madrid) mais surtout une collection de ses gravures qui témoignent de sa une grande curiosité sur l'époque qu'il dépeint avec lucidité. Il y a les scènes de tauromachie illustrant la diversité des passes et figures de la corrida. L'atroce guerre napoléonienne en Espagne si éloignée de notre légende nationale lui a inspiré des gravures d'un réalisme aigu.
Suivent les Caprices et les Disparates

Goya, romantique, serait le précurseur de l'impressionisme. Pour certaines de ses oeuvres, sans doute. Mais premier expressioniste, sûrement, par ses représentations de l'âme humaine à travers ses têtes d'animaux fantastiques et monstrueux, figures à la peau tendue, faces cireuses aux orbites noires et profondes.

Goya s'attaque à la société de son temps, à la famille royale dégénérée, aux superstitions, aux moines, au clergé séculier, aux nobles, aux bourgeois, à l'Inquisition…

Et il y a surtout ce magnifique autoportrait peu connu de l'artiste. Des yeux noirs et graves dans un visage doux mais aux traits volontaires d'un homme peu enclin à faire des concessions.

Francisco Goya fait partie du 1er cercle de mes peintres préférés.

Il est mort à Bordeaux au 57, cours de l'Intendance (plaque mortuaire sur la façade de la maison).


dimanche 2 mars 2014

"Bol d'Air" de Serge Joncour

95 pages ! C'est agréable un petit livre ! On l'ouvre à 20h00. On le referme à 21h20. L'auteur a eu la délicatesse de ne pas nous empoisonner avec des descriptions ou des pensées qui allongent les chapitres. 
C'est technique, un petit livre. Donc c'est court ! Ecrire l'essentiel de l'intrigue dans quelques pages. 
Pas facile à écrire un petit livre. C'est un travail que seul un dilettante peut réaliser car par économie, il concentre sa phrase avec les seuls noms, verbes, compléments qui suffisent à décrire un paysage, à exprimer un sentiment ou une idée !
C'est aussi contemporain, un petit livre. Un film, une pièce de théatre, un spectacle durent de 1h30 à 2h00 ! Et tout est dit dans ce temps ! Alors pourquoi un livre ne pourrait-il pas nous offrir la même chose ?
C'est la 1ère fois que je lis un livre aussi petit depuis les classes primaires.

Bol d'Air ! Le titre va bien !


Quand on va à la campagne, c'est pour prendre un bol d'air ! Rien qu'un bol ? Le contenant n'est pas grand ! Comme si l'air venait à manquer ! Sommes-nous devenus si nombreux sur terre qu'il faille contingenter les volumes d'air disponibles à chacun ?
Ou bien notre capacité respiratoire s'est-elle réduite au point que nous ne pouvons prendre qu'un bol ?
Ou bien alors, le temps ! Vite, toujours plus vite ! Zapper heures et minutes. Alors, nous n'avons le temps que pour un bol ! Combien cela prend-il de temps un bol ? 3 secondes ?
Un bol d'air, ça sent l'angoisse, l’exaspération !  
Un être équilibré respire ! Un anxieux prend un bol d'air ! 
Ça peut être thérapeutique ! "Je vous prescris 3 bols d'air, à prendre matin, midi et soir avant chaque repas, pendant 1 semaine!" " Bien docteur !"
Est-ce que ce sera suffisant pour bien oxygéner le sang afin d'assurer son transport dans les tissus ? Pas sûr ! Mais comme un bol d'air, c'est toujours pur, on peut espérer. 

Joncour a écrit un bon petit livre ! Une sorte de nouvelle longue qui raconte le retour d'un homme vers sa famille suite à un désastre professionnel.

Philippe, le fils et héros du roman. Il est ruiné. Il part visiter sa famille espérant trouver là-bas quelque chose qui…. Il ne sait pas très bien quoi après tout !

Le père, retraité agriculteur, (les bobos disent "paysan » depuis qu’ils visitent la Foire Agricole de Paris), barbouilleur à ses heures. Son modèle est russe. 
Est-ce qu'il la peint nue, l'histoire ne le dit pas, mais son oeil ne perd rien des formes de la fille. Hâbleur, avec son copain toubib nostalgique de l'Indo. Il aime la terre et les fougères. Il recherche une complicité avec son fils à base de crottin et de visite d'élevage de chevaux. C'est viril, un cheval. Il y a des relents de Jument Verte.


La mère, épouse du retraité agriculteur , femme d'intérieur, vive et active. Elle aime cuisiner et faire le lit au carré. Et plaquer de gros bisous. Et surtout elle aime s'occuper de ce qui ne la regarde pas et en particulier de ce que son fils Philippe lui cache: sa ruine et son désespoir. Elle se substituera à lui en tout et deviendra sa secrétaire de l'ombre.

Nadège (c'est la russe - curieux prénom pour une russe ! Pourquoi pas Anastasia ou Natalia) se crème la poitrine en passant ses doigts sous le tissu du haut de maillot. C'est très sensuel. Philippe le remarque. Il met son désir en berne et n'en fera rien.
Les russes, elles se marient via une agence internationale, débarquent en France, découvrent après quelques mois de vie commune que la vie est plus drôle à l’extérieur. Et donc foutent le camp. C'est ce qu'a fait Nadège.

Le fils est accueilli comme un fils. Fils prodigue ? Qu'as-tu fait de tes talents (Evangile selon St-Matthieu, chap. 25, versets 14 à 30) ? Joncour ne va pas jusque là !

Philippe va se reposer, écouter son père et sa mère, bricoler et faire quelques travaux des champs. Il va prendre de la distance et essayer de résoudre ses problèmes.

Il y a du scénario dans ce bouquin, une action qui se passerait entre le Cantal, Paris et Deauville.
Et dans l’écriture une vague parenté avec un Michel Audiard qui aurait policé son verbe en restant dans la même couleur.

Quelques bonnes raisons de ne pas retourner chez ses parents quand nous affrontons un gros problème:
- S'ils sont retraités, il y a des chances qu'ils ne comprennent plus rien à l'évolution du monde, genre, " c'était mieux avant ! Laisse tomber" ou bien "Pourquoi tu restes pas, c'est mieux içi ?"
- Ils nous achètent une paire de charentaises;
- Ils nous revoient comme le petit enfant que nous étions: risque de régression grave;
- régression à un point tel que le désir et la sexualité reste enfouis au fond de l'être. En fait on a plus besoin de ces 2 trucs qui n'amènent que désillusion et malheur;
- Si on séjourne trop longtemps, ils nous prennent vite pour un domestique puisque on est logé, nourri et blanchi gratis;
- on est tellement bien qu'on se prend à rêver que les problèmes vont se résoudre comme par enchantement.
Ce qui ne sera pas le cas !

Alors, fuyons la famille ! A toutes jambes ! 
Ou bien, allons la visiter quand on n'a rien a lui demander !

Bon, j'ai été un peu long pour un livre si court, mais j'ai bien aimé la déambulation désabusée-amère de Joncour dans l'âme humaine.









"The Grand Budapest Hotel" de Wes Anderson - VO



Quel enchantement, cette comédie ! Totalement loufoque et décalée.

On imagine, dans cette Mitteleuropa d’avant-guerre, l'Orient Express qui nous mène de Paris à Constantinople via Munich, Vienne et Budapest. Des hommes en long manteaux à cols de renard et des femmes blondes aux cheveux courts ondulés portant les perles par rang de 3, descendent des wagons-sleeping luxueux, montent dans une Rolls et se dirigent vers le Grand Budapest Hotel dans la République imaginaire de Zubrowka (curieux d’avoir appelé ce territoire du mot slave "herbe à bisons"). L'hôtel est rose comme un gros gâteau viennois de chez Mendl, comme ces marshmallows pastels que l’on dévorait enfant.. On évolue dans une peinture allemande des Alpes Suisses du début XXeme

L'Europe vit encore superbement dans les restes flamboyants de l'Empire austro-hongrois disparu sous les bombes de 14-18. On cours, on danse, on saute, on rit, on virevolte, on s’étourdie, on s’illusionne d’incroyables récits. On croque des diamants, on s'étouffe de caviar Beluga, on se noie dans le champagne millésimé à fines bulles. 
Les femmes ont la peau pâle et les hommes, des moustaches.

L’hôtel est situé très haut sur la montagne. Isolé et splendide, hors d'atteinte. Dans les desseins animés, les châteaux de légende sont toujours haut perchés, près des nuages. 
En bas, dans la plaine, c’est le monde qui grouille et qui penche dangereusement.

Un funiculaire qui monte et descend, séquence le film

Dans cette réalisation, l'intrigue a-t'elle une importance ? A mon sens pas vraiment ! On est pris dans un typhon, un tourbillon de couleurs. L’esthétisme et le rythme dépasse l'histoire. C'est un Opéra baroque, un bal viennois à Schönbrunn ou à Venise au Gritti Palace, une conférence diplomatique au Grand Hotel National de Lucerne ou bien encore au Grand Hotel des Iles Borromes à Stresa sur les bord du Lac Majeur, une ode au Satyricon de Pétrone, un clin d'oeil à la famille Addams ou au Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau. 

Mr Gustav/Ralph Fiennes, concierge aux clés d’or, grand séducteur de vieilles dames richissimes, hérite de la Comtesse Desgoffe und Taxis/Tilda Swinton (clin d’oeil à la famille von Thurn und Taxis) du tableau "le Garçon à la Pomme" et court comme un lapin à travers l'Europe pourchassé par le tueur-vampire/Willem Dafoe payé par Dmitri Desgoffe und Taxis/Adrien Brody qui veut récupérer cet héritage de très grande valeur. 
Il y a du Charlie Chaplin dans cette comédie.
Zero Mustapha/Tony Revolori, le groom, c'est la fascination de l’Orient, la nostalgie de cet Empire turc disparu. Devenu âgé, il devient propriétaire de l’hôtel et conte, au début du film, les splendeurs passées du palace au jeune écrivain/Jude Law, cocktail de Sherlock Holmes et d’égyptologue. Dommage que le réalisateur n’ait pas pu trouver de rôle pour Louise Bourgoin qui était si brillante dans les Aventures d’Adèle Blanc-Sec.


A propos, "Le Garçon à la pomme" est remplacé au dessus de la cheminée par une peinture d'Egon Schiele. Je ne suis pas sûr que cet artiste viennois ait peint le tableau du film. Pas assez sensuel et abandonné, tel celui de la photo à gauche qui lui est authentique.
Anderson fait une grimace à l’époque.
Le masque, toujours ! Vivre grimé, travesti, caché… Pas de Batman pour sauver ce monde. C’est Le Joker qui gagnera !

Ce sera le dernier bal du "Monde d'Hier" si cher à Stefan Zweig. Bientôt on fêtera Halloween. On entrera dans l'automne et l'hiver. Et ce sera la guerre.

Wes Anderson a signé un très beau film